“Les propositions du ministère sont réalisables, mais…”


Le  coordinateur  national  du  Syndicat  national  des  professeurs d’enseignement secondaire   (Snapest),  Meziane  Meriane,  livre  dans  cet  entretien  ses impressions après la  rencontre  avec  le  ministre  de   l’Éducation  nationale, Mohamed Ouadjaout, en décrivant la complexité de la situation induite par la crise  sanitaire  et  en  tentant  de   trouver  des  solutions : réduire le volume horaire et les programmes, et changer les méthodes d’enseignement. Liberté : Vous avez pris part à la rencontre de concertation au ministère de l’Éducation qui avait pour objet de discuter de l’organisation de la rentrée scolaire et, notamment, des différents scénarios qui se posent dans cette conjoncture de crise sanitaire. Comment cette rencontre s’est-elle déroulée et quels en sont les résultats ?  Meziane Meriane : Elle s’est déroulée dans des conditions normales. Il y avait la commission qui s’est occupée du cycle primaire qui nous a présenté ses propositions, puis la commission du cycle moyen et celle de l’enseignement secondaire. Il faut dire une chose, nous sommes dans une situation très complexe, du fait que les élèves, depuis le 12 mars, n’ont pas eu de scolarité. Donc, il faut qu’ils reprennent le chemin de l’école pour éviter ce qu’on appelle le décrochage scolaire. Il y a des élèves qui ont décroché du fait de la pression psychologique et qui n’ont plus envie de reprendre l’école, c’est cela le risque. D’un autre côté, cette situation est complexe, parce qu’il y a cette épidémie qui est en train de sévir à travers la planète, y compris dans notre pays. Donc, il faut protéger la santé des élèves et celle des fonctionnaires, et respecter les recommandations de la commission de suivi de la pandémie. Le ministère de l’Éducation a fait des propositions pour l’organisation de la prochaine rentrée scolaire, pensez-vous qu’elles sont réalisables au vu de la complexité de la situation que vous avez décrite ?  Elles sont réalisables, mais avec beaucoup d’inconvénients. Premièrement, il y a la nécessité de changer de méthode d’enseignement. Parce qu’ils ont proposé de travailler 45 minutes au lieu d’une heure. Et une fois le volume horaire diminué, nous devrons automatiquement réduire le programme. Moi, je dirais que le point le plus dur à respecter sera la distanciation physique. On peut porter la bavette, utiliser du gel hydroalcoolique, mais la distanciation est très difficile à faire respecter dans des classes qui ont plus de 50 élèves. Si on veut faire observer cette mesure, il y a nécessité de travailler en groupe. Je dirais que c’est complexe car si on travaille par groupe, y aura-t-il assez de salles et de professeurs pour faire face à une classe qui sera divisée en deux et, parfois, en trois. Les seules propositions qui nous ont été faites sont de travailler par groupe : un le matin et un le soir. Ou alors, un jour sur deux : un groupe un jour et le lendemain un autre. Mais lorsqu’il y aura nécessité d’avoir trois groupes, là se posera un problème. C’est-à-dire que le premier groupe travaillera une journée, le second le lendemain et le 3e le surlendemain. Donc, pour que le premier groupe rejoigne les bancs de l’école, il lui faudra attendre deux autres jours. Je pense que le plus important, c’est de mettre les enfants dans le bain pédagogique. Ce que j’ai suggéré dans mon intervention devant le ministre, c’est la nécessité de changer de méthode de travail. Actuellement, nous utilisons une méthode qu’on appelle expositive, c’est-à-dire que le professeur donne un cours magistral et l’élève écrit. Maintenant, il faudra passer à d’autres méthodes pédagogiques dans pareille  situation. Y a-t-il un consensus parmi les syndicats autour de cette question ? Le point commun entre tous les syndicats, c’est de travailler par groupe. Mais, là où il y a divergence, c’est le volume horaire de l’enseignant, notamment le fait d’intervenir sur son repos hebdomadaire. Nous avons peur d’y toucher car cela augmentera son volume horaire. En divisant la salle en deux ou en trois, il faudra plus de postes budgétaires puisque ce n’est pas le même enseignant qui fera le double de son volume horaire. Donc, soit on recrutera des enseignants, soit on reverra à la baisse le volume horaire et les programmes.  Comment, selon vous, se déroulera la prochaine rentrée scolaire ? Cette rentrée sera compliquée car nous ne maîtrisons pas la situation. Actuellement, si nous voyons les écoles primaires au fin fond de l’Algérie, rien n’est fait pour recevoir les élèves. Je crois que tout est théorique. Les écoles ne sont pas désinfectées, et d’autres ne sont même pas alimentées en eau potable. Ce sera difficile, car nous ne voyons pas comment les alimenter par citernage. Nous devons agir vite et réfléchir davantage à la situation. La distanciation physique doit être respectée dans les cantines pour être ouvertes. Alors, pourquoi ne pas prévoir un traiteur et faire manger les élèves dans les classes au lieu d’ouvrir les cantines qui demandent du temps pour imposer cette distanciation. C’est tout cela que nous voulons voir.  Face aux disparités entre les écoles et les wilayas, faut-il envisager une rentrée par wilaya ou nationale ?  Pour  nous,  il  faut  une rentrée  nationale  pour  l’équilibre  régional,  pour l’égalité des chances entre les élèves. Nous ne pouvons pas arriver dans une wilaya à 100% et dans une autre à 40% du programme. Il y a un bac unique, un BEM unique et un examen de la 5e AP unique. Cela étant, les moyens que nous allons mettre dans une wilaya touchée par la pandémie seront différents de ceux d’une wilaya non touchée.    Entretien réalisé par : A. R.    


Liberté
Publié la première fois le 01/10/2020 11:30
Rapport généré le 20/10/2020
Presse algérie

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