Procès de Mahieddine Tahkout repporté au 6 juillet : Bras de fer entre la défense et le juge


Procès de Mahieddine Tahkout repporté au 6 juillet : Bras de fer entre la défense et le juge Salima Tlemcani 02 juillet 2020 à 10 h 04 min 0 Un vrai bras de fer a opposé hier les avocats et le juge du tribunal de Sidi M’hamed, où devait se dérouler le procès de l’homme d’affaires, Mahieddine Tahkout, ses deux frères, son fils, les deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et les anciens ministres, Amar Ghoul, Abdelghani Zaalane, Mahdjoub Bedda, Youcef Yousfi et Abdessalem Bouchouareb (en fuite). La défense a refusé de plaider dans une affaire sans prendre connaissance du contenu de l’acte d’accusation de 1600 pages, qu’elle a recu, 48 heures avant, mais le juge tenait à la juger. Après des échanges houleux et la menace de paralyser l’audience, le président a fini par ajourner le procès au 6 juillet. Ouvert hier à Alger, le procès de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, émaillé par un bras de fer entre la défense et le président du tribunal, qui a fini par susciter son renvoi au 6 juillet. A l’origine, l’irruption dans la salle d’audience d’un avocat «radié» du barreau (en robe), l’altercation qui s’en est suivie avec les membres du conseil et l’exigence par ces derniers de son expulsion. A l’arrivée des prévenus, vers 12h15, la salle était bondée d’avocats, de journalistes, de témoins, de prévenus en liberté et de leurs familles. Les mesures sanitaires liées à la contamination par la Covid-19 sont loin d’être respectées. Subitement, un membre du barreau fait signe à Mohcène Amara de quitter la salle, mais ce dernier refuse. Il s’attaque avec virulence à ses confrères, les accusant tantôt de «chasseurs de prime», tantôt de «moutons» à la solde du bâtonnier. Ce dernier arrive en courant et lui dit : «Vous êtes un usurpateur. Vous n’avez pas le droit de porter la robe, ni d’être à l’audience. Vous avez fait l’objet d’une douzaine de condamnations et d’une radiation du barreau.» Les échanges de propos deviennent virulents. Les membres du conseil exigent de leurs confrères de quitter la salle jusqu’à ce qu’Amara soit «évacué et poursuivi». La salle se vide. Quelques minutes plus tard, le juge ouvre l’audience. Il demande à Mohcene Amara de quitter les lieux, mais ce dernier refuse : «Vous êtes radié du barreau, vous n’avez pas le droit de venir avec la robe». Mohcene : «C’est illégal. Vous ne pouvez pas me faire sortir d’ici. C’est une audience publique». Le juge : «Le tribunal a décidé que vous devez quitter les lieux». Amara : «Ni le statut de la profession ni la loi ne vous donnent le droit de me chasser. Je vous demande de prendre acte de cette décision». Le magistrat rejette la demande et le met en garde en lui rappelant qu’il peut faire usage de son pouvoir de police d’audience. Amara ne recule pas. Il continue à défier le président du tribunal qui décide de suspendre l’audience. Une vingtaine de minutes plus tard, celle-ci reprend et le procureur prend la parole. Se basant sur les plaintes des membres du conseil contre Mohcene Amara et la décision de radiation de ce dernier du barreau datée du 19 mars 2019, et vu la gravité des incidents qu’il a provoqués en audience, il n’a pas qualité à être présent. Le président prend acte et appelle le représentant de la partie civile, suscitant la réaction de colère du bâtonnier, Me Abdelmadjid Silini. «Il y a une situation de flagrant délit. De nombreuses plaintes ont été déposées contre cet usurpateur et il est toujours là à faire dans la provocation, à insulter ses confrères et à perturber les audiences, mais en face il n’y a aucune réaction. Cette justice qui applique toute la rigueur de la loi sur un simple citoyen a-t-elle peur d’un usurpateur ? Pourquoi cette passivité ? Vous le voyez en robe, alors qu’il est radié. Il a été condamné à plusieurs reprises. Toutes les décisions du barreau en ce qui le concerne sont bafouées. La défense se retire jusqu’à ce qu’il soit arrêté», lance en colère Me Silini, avant que tous les avocats ne quittent la salle. «Ce ne sont pas des conditions d’un procès équitable» Le juge se retire encore une fois, et dès son retour, il fait l’appel des parties. Le représentant du ministère public demande la jonction des deux dossiers, celui des deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et des anciens ministres, Youcef Yousfi, Abdesselam Bouchouareb, Mahdjoub Bedda, de l’Industrie, des Travaux publics, Amar Ghoul, Abdelghani Zaalane, ainsi que l’ex-wali de Skikda, ainsi que celui de Mahieddine Tahkout, patron de Cima Motors, son fils, ses deux frères, l’ex-directeur général de l’Onou (Office national des œuvres universitaires), de l’Etusa (Entreprise de transport urbain et sur-urbain), et de nombreux cadres de l’industrie, en expliquant qu’il s’agit des mêmes faits pour lesquels la trentaine de prévenus sont poursuivis. Le président appelle Ahmed Ouyahia à la barre, après lui avoir demandé s’il voulait être entendu sans son avocat. L’ex-Premier ministre accepte. «Vous serez entendu uniquement sur la résolution du Conseil national d’investissement et sur cette affaire des 5+5 et au passage sur ce mouvement dans votre compte où il y avait la somme de 300 millions de dinars», déclare le juge et Ahmed Ouyahia de répondre : «Je rejette toutes les inculpations et je tiens à vous rappeler que j’ai déjà été condamné pour les mêmes faits au mois de décembre 2019, et une seconde fois le 29 mars 2020. Pour ce qui est de ce compte, j’ai déjà expliqué au tribunal lors des deux procès que les 42 ans dans les hautes fonctions de l’Etat sont suffisants pour me permettre d’économiser une telle somme. Si c’était l’argent de la corruption, je ne l’aurais pas placé sur un compte d’une banque publique». Le juge lui demande d’expliquer au tribunal cette «histoire des 5+5». Ahmed Ouyahia rappelle l’historique de l’activité de l’automobile en revenant à ce projet «rêveur» de Fatia à Tiaret, avec l’Italie, vers la fin des années 80’, dans le cadre de la réalisation du gazoduc reliant l’Algérie à ce pays. Il révèle qu’à l’époque, les taxes douanières étaient faibles, mais en 1996, avec le terrorisme, les Italiens ont abandonné le projet. A l’époque, le pays était soumis aux conditions du FMI. Puis, il y a eu les concessionnaires automobiles. «En 2014, la facture d’importation a atteint 6,5 à 7 milliards de dollars. Ce qui était énorme pour l’Etat. Le gouvernement a pris des mesures pour aller vers des usines de montage. Il y avait, d’un côté, le ministre de l’Industrie qui voulait aider à la création de ces usines de montage et le ministre des Finances, qui voulait protéger l’équilibre entre les revenus et les dépenses de l’Etat. Le ministre de l’Industrie avait présenté au début une liste de 89 concessionnaires. J’ai trouvé que c’était trop pour les dépenses. Cette liste a été revue à 40, puis il y a eu une liste de 5 concessionnaires de véhicules légers, Renault, Peugeot, Tahkout et Sovac, et 5 autres pour les véhicules lourds. Elle n’est pas venue comme ça. Ces concessionnaires étaient déjà actifs sur le terrain et allaient produire 45 000 voitures par an. Le montant des importations des kits a atteint les 3 milliards de dollars», explique Ahmed Ouyahia, avant que les avocats n’entrent dans la salle. Des membres du barreau demandent au juge de suspendre l’audience. «Ce ne sont pas des conditions d’un procès équitable. Vous allez les juger sans leurs avocats. C’est une violation de leur droit à la défense», déclare Me Lakhled, membre du Conseil. Certains avocats dénoncent le fait qu’ils n’ont pas reçu l’ordonnance de renvoi, d’autres expriment leur colère contre le fait que cet d’acte d’accusation leur a été transmis à peine 48 heures avant l’audience. Le juge refuse le renvoi en déclarant : «Je n’ai pas repris l’audience en cachette. Vous aviez quitté la salle et vos demandes ont été prises en charge. Le procès se poursuit». C’est le brouhaha. Les interventions coléreuses des avocats se multiplient. Le président persiste à vouloir poursuivre l’audience. L’ambiance devient électrique. La défense décide de ne pas quitter la salle et de continuer à réclamer le report. La tension est perceptible. «Pourquoi voulez-vous juger l’affaire ? Y a-t-il urgence ?», demande Me Bourayou. Le juge : «Oui, il y a urgence. C’est la situation sanitaire…». La réponse amplifie la colère de la défense qui évoque une «violation des principes d’un procès équitable». Le procureur tente de jouer à l’arbitre. «Les conditions d’un procès équitable sont dictées par le code de procédure pénale. Votre plainte a été reçue», dit-il avant d’être interrompu par les cris des avocats, qui persistent à vouloir empêcher la tenue de l’audience. Le juge : «Je poursuis mon audience et vous allez me laisser interroger le prévenu». La défense persiste. Le président lève l’audience. Les membres du Conseil le rejoignent quelques minutes plus tard. Une heures après, le magistrat entre dans la salle et annonce le report du procès au 6 juillet. Algérie


El Watan
Publié la première fois le 02/07/2020 11:04
Rapport généré le 06/08/2020
Presse algérie

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