Le Dr Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’EHP de Boufarik : «Une baisse nette des cas du Covid-19 à Blida»


C’est ce qu’assure le chef de service des maladies infectieuses à l’établissement hospitalier public (EHP) de Boufarik (Blida), qui fait état de la stabilisation de l’épidémie depuis une quinzaine de jours. «Nous assistons depuis une semaine à une diminution nette des cas, avec moins de pression au niveau des services des urgences. Dans cette wilaya, je crois que nous sommes en bonne voie», s’est-il félicité en mettant l’accent sur l’efficacité du protocole de traitement à base de Chloroquine. Le Dr Mohamed Yousfi s’est félicité du fait que les patients atteints de Covid-19 traités au sein de l’établissement ont réagi positivement à ce protocole, mais il se montre néanmoins prudent en affirmant qu’«on n’est pas encore sorti de l’auberge» même si la situation de la pandémie est actuellement «maîtrisée».  Il a déclaré que l’Algérie est en train de se battre contre le virus comme tous les pays du monde avec ses compétences. «Nous sommes au front de la lutte depuis l’apparition de la maladie. Les compétences, ce n’est pas ce qui manque dans notre pays et ils ont fait leurs preuves», a-t-il lâché Le chef de service des maladies infectieuses à l’EHP de Boufarik a souligné l’importance de revaloriser ces compétences à travers la réforme du système de santé.  «On sait très bien que nous avons un système de santé qui souffre depuis une dizaine d’années de certains dysfonctionnements», a-t-il reconnu tout en souhaitant que cette épreuve de crise sanitaire mondiale «puisse booster» les choses pour mettre, avec la volonté des responsables du pays, le système de santé sur le «meilleur» chemin par rapport à ce qu’il était avant.  Et d’enchaîner : «Nous n’avons jamais eu une politique de santé claire en termes de gestion. On faisait du bricolage, nous n’avons pas encouragé les compétences. Pour preuve, il suffit de voir le nombre de spécialistes de santé publique qui partent s’installer dans le secteur privé et ceux qui quittent carrément le pays pour faire carrière à l’étranger. Cette situation est la conséquence de ce dysfonctionnement du système de santé.» Selon le Dr Yousfi, l’épidémie de coronavirus, qui est une épreuve que le monde entier n’a jamais vécue auparavant, a montré les «faiblesses» des systèmes de santé.    «Des femmes et des hommes se battent pour préserver le système de santé.»   «En Algérie, on s’attendait au pire et à une catastrophe de grande ampleur. Dieu merci, nous n’avons pas eu la même situation épidémiologique que celle de l’Europe. Certes, nous déplorons un nombre de décès élevé par rapport à d’autres pays, mais nous avons eu un nombre de malades maîtrisable. C’est une épidémie qu’on est en train de maîtriser malgré tous ces dysfonctionnements» et ce, a-t-il affirmé, grâce aux hommes et aux femmes «qui se battent» pour que ce système de santé «reste debout».  L’infectiologue a, dans le sillage, fait savoir que le SNPSSP lutte  depuis une vingtaine d’années pour l’amélioration du système de santé qui n’a pas encouragé les spécialistes à rester dans le secteur public, favorisant du coup le secteur privé qui, selon ses termes, est complètement «anarchique» et pas du tout «contrôlé». «Cependant, nous constatons une volonté politique pour asseoir une politique de santé et prendre en charge les problèmes du secteur en vue de le réhabiliter. Dans cette politique de santé, tout est clair, organisé et bien codifié, notamment en matière de dépenses pour  planifier et tracer des objectifs à court et à long terme», a-t-il expliqué, ajoutant que ceci permet la mise en place de stratégies de santé «cohérentes», répondant aux besoins du citoyen algérien.  Le président du SNPSSP a, dans ce contexte, relevé la nécessité de revoir le statut particulier et salarial des travailleurs du secteur et de garantir les conditions de travail idoines pour permettre au praticien de mener à bien ses missions. «J’espère que la situation s’améliorera avec les nouveaux dirigeants et que cette épreuve de l’épidémie de Covid-19 soit un nouveau départ pour un meilleur système de santé», a-t-il espéré.  Interrogé sur la réunion, tenue avant-hier, entre le président de la République et les membres du Comité scientifique de suivi de l'évolution du Covid-19 et celle, précédemment, du Haut Conseil de sécurité, toutes deux consacrées à l’évaluation de la situation dans le pays à la lumière des récents développements de la pandémie, le Dr Yousfi a indiqué que le respect de la distanciation sociale, le port du masque, ainsi que les mesures de prévention sont «nécessaires» et «vitales» pour espérer endiguer la propagation du virus.    Respect des mesures de confinement, un impératif    «Il faudra que le citoyen respecte davantage les mesures de protection et de prévention et d’observer les gestes barrières pour se prémunir contre le virus, notamment à travers le port du masque, le respect de la distanciation sociale et la limitation des sorties», a-t-il insisté. Même s'il estime que le citoyen a une  responsabilité face à cette maladie en respectant le confinement, le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique met en grade en revanche contre tout «laxisme» ou «relâchement». Sachant que les pouvoirs publics ont décidé de maintenir les mêmes mesures déjà prises au niveau national, l'option du confinement total est désormais écartée vu que les autorités publiques jugent que les mesures prises jusque-là se sont révélées «efficaces» et qu'il est important de les conserver à l’occasion des fêtes de l’Aïd El Fitr. «Nous savons tous que l’Aïd intervient cette année dans des conditions exceptionnelles et surtout très difficiles. Chose pour laquelle, nous insistons encore une fois sur le respect des mesures de confinement et de renoncer aux habitudes prises par les citoyens pendant les fêtes de l’Aïd El Fitr qui est lié, dans l'imaginaire des Algériens, à l’ échange de visites et aux regroupements familiaux. Nous craignions énormément que le non-respect des mesures décrétées par les pouvoirs publics allaient saper le travail et les efforts des médecins, des infirmiers et des personnels de santé qui sont aux premières lignes depuis l’identification du premier cas, et dont certains l’ont payé de leur vie», a affirmé le chef de service des maladies infectieuses à l’EHP de Boufarik, qui a profité de cette occasion pour appeler les autorités à assumer la responsabilité pour la préservation de la vie des citoyens. «Quitte à recourir à des mesures draconiennes, l’essentiel étant de ne pas mettre en péril la vie des citoyens qui ne doivent pas être indifférents à cette situation», a-t-il suggéré. Kamélia Hadjib/Tahar Kaidi 


El Moudjahid
Publié la première fois le 23/05/2020 01:00
Rapport généré le 26/05/2020
Presse algérie

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